Pédagogie des îlots bonifiés

Dans une démarche active, le travail de groupe présente plusieurs avantages :

  • il permet aux élèves d’échanger, de communiquer et donc de formuler leurs avis sur un texte.
  • il rassure les élèves les plus en difficultés mais aussi les plus timides en leur offrant un temps de mise en commun préalable avant d’affronter les regards d’une classe entière pour une seconde mise en commun.
  • il permet de rompre avec l’individualisme scolaire et encourage les élèves à apprendre le « vivre ensemble ».
  • il oblige l’enseignant à construire ses séances sous forme d’activités et permet ainsi d’éviter l’écueil du cours magistral.
  • il casse l’organisation spatiale traditionnelle et frontale.
  • le professeur est davantage incité à circuler dans la classe.

Mais très peu d’enseignants osent franchir le pas d’une installation permanente de leur salle en îlots. En effet, les images qui nous viennent en tête sont celles d’un chahut général, d’élèves qui profitent des temps de mise en commun pour discuter au lieu de travailler, d’un enseignant débordé qui court d’îlot en îlot…

Il est certain que le travail en groupe nécessite une organisation claire. Les élèves doivent exactement connaître nos attentes, la tâche à accomplir et le temps dont ils disposent.

Pour encadrer plus efficacement le travail de groupe permanent, Marie Rivoire, professeur et formatrice d’Anglais dans l’académie de Grenoble, a élaboré la pédagogie des îlots bonifiés.

 

Les îlots bonifiés

La clé de voûte de cette pédagogie repose sur une fiche de suivi que chaque enseignant peut construire et adapter à ses besoins

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Fiche îlots bonifiés

Chaque groupe d’élèves est donc muni d’une fiche qu’il conserve pendant plusieurs semaines. Celle-ci se divise en deux parties :

1)un tableau collectif présentant vingt cases pour les points bonus et vingt cases pour les points malus.

2)quatre tableaux individuels de vingt cases au bout desquels chaque élève de l’îlot inscrit son nom.

Les fiches sont placées dans une pochette qui reste toujours dans la salle. Un responsable les distribue en début de séance et les range à la fin.

Concrètement, dans un cours de Français, après une dizaine de minutes d’un oral collectif qui permet la découverte du texte, la formulation d’hypothèses de lecture et l’élaboration d’une problématique, l’enseignant propose aux élèves deux ou trois activités qui vont permettre d’éclairer le sens du texte et de confirmer ou infirmer les hypothèses de lecture.

Il est important d’écrire la consigne au tableau si on veut s’éviter la peine de la répéter plusieurs fois au cours de l’activité.

Dans un premier temps, l’élève travaille seul et effectue un premier repérage. Puis, lors d’une seconde phase, il met son travail en commun avec les autres membres du groupe. Les élèves discutent alors, échangent leurs points de vue et surtout se mettent d’accord sur une même réponse. L’enseignant, quant à lui, circule entre les îlots, aident, conseillent puis lors de son dernier tour attribue des « points bonus collectifs » à chaque groupe.

Le nombre de points maximal est indiqué aux élèves en début d’activité. Je vous conseille d’en distribuer 2 ou 3 par activité. On attribue la totalité ou seulement une partie des points en fonction du travail fourni. Là, doit s’opérer un véritable choix pédagogique : distribuer l’intégralité des points lorsqu’un travail sérieux a été fourni ou réserver cette récompense aux groupes qui auront trouvé une réponse juste.

Pour ma part, il m’importe surtout que mes élèves soient au travail et je ne veux pas pénaliser les groupes les plus en difficultés. Cette distribution de points bonus doit au contraire les motiver et les inciter à travailler.

Après chaque activité, une mise en commun globale est réalisée. Chaque îlot donne son point de vue aux autres groupes, soit à l’oral, soit en venant l’écrire au tableau. En cas de réponses peu crédibles, on peut inviter les élèves à voter : « êtes-vous d’accord avec cette proposition ? »

On passe ensuite à l’activité suivante…

Lorsqu’un groupe atteint vingt points bonus collectifs, il « bloque » les autres. On relève l’ensemble des fiches. Au cours suivant, on démarre une nouvelle fiche et les élèves ont le droit de changer les groupes.

Vous avez aussi la possibilité d’attribuer des points malus collectifs ou individuels (à l’aide d’un feutre rouge par exemple). Ceux-ci seront attribués aux élèves perturbateurs qui gênent le travail de la classe. Attention, n’en abusez pas ! Il est souvent préférable de ne pas accorder les points bonus plutôt que d’attribuer trop de points malus.

 

La note d’activité

Quand les fiches sont ramassées, vous pouvez établir une « note d’activité ».

Pour cela, additionnez l’ensemble des points bonus collectifs puis soustrayez les points malus. On personnalise ensuite la note en rajoutant à chaque élève son nombre de points bonus individuels  et en retirant son nombre de points malus.

 Il arrive que la note obtenue soit supérieure à vingt. On reporte alors le surplus dans le tableau des points individuels de la fiche suivante.

 Avec ce système, chaque élève, y compris au sein du même groupe, a une note individualisée. Elle doit être le reflet de son investissement dans le cours.

9782362460401

 Pour éviter de fausser les moyennes des élèves, on peut choisir d’attribuer un coefficient plus faible à cette note. Sachez que vous aurez rarement plus de deux notes d’activité par trimestre.

 Les points bonus individuels peuvent être utilisés pour récompenser des présentations orales volontaires d’exposés ou de lectures personnelles.

Pour obtenir plus d’informations, consultez le site de Marie Rivoire ou procurez-vous son livre.

Des inconvénients?

Cette pédagogie stimule et rassure les élèves. Cependant, elle présente deux inconvénients pratiques:

  • elle peut se révéler chronophage et il est donc important de bien définir préalablement le temps accordé à chaque activité.
  • on peut reprocher à la note d’activité obtenue de mélanger évaluation du travail et évaluation du comportement (or, ce dernier doit uniquement être évalué dans la note de vie scolaire).

Sur le plan théorique et philosophique, la méthode des îlots bonifiés ne fait pas l’unanimité et on peut en effet lui trouver des limites éthiques et pédagogiques:

  • la mise en compétition des groupes au lieu d’une véritable coopération de classe
  • susciter l’intérêt des élèves par la distribution de points plutôt  que par l’envie de savoir et de découvrir
  • le rôle directif de l’enseignant qui laisse peu de place à l’induction réelle
  • une omni-évaluation qui néglige les temps d’apprentissage
  • une dérive d’un enseignement par « micro-tâches » ou « micro-objectifs » alors que l’autonomie et l’acquisition de compétences nécessitent au contraire des tâches complexes.

Christian PUREN, Maria-Alice MEDIONI et Eddy SEBAHI ont ainsi publié sur le site du GFEN un article sur les limites de cette méthode et les problèmes qu’elle soulève. Avant d’appliquer une telle méthode, il est donc intéressant de pousser la réflexion…

 

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