oppression breeds resistance essai5

Belfast Confetti

Ciaran Carson, né en 1948, est un poète et un romancier de l’Irlande du Nord. Il a connu ce qu’on nomme pudiquement « The Troubles », c’est-à-dire la lutte armée entre l’IRA et l’armée britannique.

A partir des années 70, les rues de Belfast, la capitale de l’Irlande du nord, furent occupées en permanence par l’armée anglaise (jusqu’en 2005), ce qui accrut chez les catholiques le sentiment d’une occupation autoritaire.

Les affrontements entre des manifestants catholiques et les forces armées se multiplièrent alors.

Lire et écouter le poème

Le thème

 Dans ce poème, l’auteur tente de décrire avec des mots le chaos indicible provoqué par l’explosion d’une bombe en 1970 (The Falls Curfew). Il nous invite dans les pensées d’un témoin en état de choc.

La forme

 Au lieu d’un poème structuré, le lecteur est confronté à des vers si longs qu’ils semblent déborder du texte. Les strophes, elles-mêmes, sont irrégulières: la première est un quintil et la seconde un quatrain.

Ce désordre apparent évoque celui provoqué par l’explosion d’une bombe.

 Analyse linéaire

  • Le titre « Belfast confetti » évoque un univers de fête, de célébration et de joie. A la lecture du poème, on comprend cependant que les confettis ne sont en réalité que des débris, potentiellement dangereux, qui ont été projetés par l’explosion et qui retombent sur la foule. L’allitération en « f » évoque d’ailleurs le souffle de l’explosion et celle en « t » le bruit des objets qui s’abattent au sol.
  • Vers 1: Le lecteur est d’emblée placé au cœur de l’action par l’adverbe « suddenly » qui ouvre le poème. L’expression « exclamation-marks » (points d’exclamation) traduit la surprise du poète et démarre une métaphore filée qui se poursuivra tout au long du texte par l’utilisation du champ lexical de l’écriture: « asterisk », « hyphenated » (trait d’union), « punctuated » et « question-marks », « stops » (full stop: point final), « colons » (semi-colon: point-virgule).
  • Vers 2: Cette évocation de la littérature et de la poésie est chassée par une énumération de débris (« broken type ») grossiers et triviaux: « nuts, bolts, nails, car-keys » (noix, boulons, clous et clés de voitures). Le rythme du vers est saccadé car les mots monosyllabiques y sont nombreux. De plus, les phrases sont brèves et non verbales. Ceci, au-delà du rythme, traduit la panique et l’urgence nées de la situation mais aussi l’incapacité du langage à exprimer ce cauchemar vécu.
  • Vers 3: Poursuivant sa métaphore le poète rapproche l’image mentale d’une explosion à la forme d’un astérisque. A nouveau, le langage est incapable d’expliquer ce qui se passe. La phrase n’est donc pas terminée et se trouve interrompue par des points de suspension qui deviennent l’image des balles tirées dans une fusillade (« a burst of rapid fire »).
  • Vers 4: Ce vers explicite la confusion du poète qui, choqué, ne parvient plus à s’exprimer et ne peut que bégayer comme s’il était hébété. (« trying to complete a sentence »/ « it kept stuttering »).
  • Vers 5: Le poète est pris au piège (« blocked »), cerné par des barrages (« stops ») mis en place par les Britanniques. Ceux-ci sont désignés par le terme « colons », ce qui souligne une occupation jugée illégitime.
  • Vers 6: Les rues sont donc devenues un piège pour le poète: « labirynth ». Les noms des rues évoquent des batailles de la guerre de Crimée (évoquée au vers suivant « Crimea street »), que la Grande-Bretagne a perdu. Le poète rappelle ainsi que l’oppresseur, bien qu’en position de force, n’est pas invincible. On notera  que « Balaclava » signifie également « cagoule » en anglais, or ce vêtement est le symbole des luttes armées clandestines. Ce vers est donc un message d’espoir et une invitation à poursuivre la lutte.
  • Vers 7: Le narrateur retrouve ses esprits comme le montre la présence d’un phrase interrogative: le poète peut à nouveau réfléchir. Le danger n’est pourtant pas écarté: « dead end again » (impasse à nouveau).
  • Vers 8: Le poète est finalement cerné par les soldats comme le montre l’énumération du vocabulaire militaire. A nouveau le poème est déstructuré pour traduire la confusion du personnage: rejet au vers suivant.
  • Vers 9: L’énumération des phrases interrogatives (« question-marks ») peuvent d’abord être perçues comme des questions rhétoriques formulées par un narrateur perdu et paniqué mais il s’agit en fait des questions des militaires qui procèdent à un interrogatoire. Cette avalanche de questions est d’ailleurs vécue par le poète comme une ultime agression: « fusillade ».

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