La prépa, un modèle pédagogique ?

Trop de pression en prépa ? « Machine à trier » ? La prépa est régulièrement fustigée et remise en doute. A l’heure de la pédagogie active, voire inductive, et de l’approche par compétences, la prépa apparaît comme un rempart conservateur qui s’accroche au cours magistral, au risque de devenir ringarde et rétrograde.

Mais, au contraire, les anciens khâgneux semblent garder un souvenir ému de ces années de travail acharné. Certains disent même y avoir trouvé un plaisir intellectuel dont ils sont désormais quasi nostalgiques. La méthode prépa est-elle pour autant un modèle à suivre ?

On peut en douter. Contrairement au secondaire, les khâgnes ont pour ambition de former des spécialistes des disciplines littéraires. L’enseignement de masse n’est donc plus le pré-requis de la réflexion didactique. Il faut transmettre le Savoir, le plus possible, le plus vite possible, la tête dans le guidon.

Un rythme intense et soutenu donc, voire insoutenable. Des élèves épuisés, jamais réellement prêts et sereins. Des nuits presque blanches, des journées à courir après le temps… et pourtant, on peut s’ennuyer en prépa tant le savoir transmis est éloigné de la réalité populaire et du bain culturel contemporain.

Très légitimement, certains interrogent alors : à quoi cela sert-il ? A rien, bien sûr. Mais la prépa est, pour aujourd’hui encore, un des derniers lieux d’éducation où l’inutilité du savoir n’engendre pas le chahut général dans les rangs. Pourquoi ? Tout simplement car elle sélectionne son public : un panel d’élèves motivés et volontaires qui acceptent le contrat de l’inutilité immédiate. Des élèves qui viennent chercher des méthodes de travail et surtout une émulation intellectuelle. Parce que le moteur de la prépa, c’est bien le concours, celui des fameuses « Grandes écoles », ENS et Sciences po en tête.

Pour tenir en prépa, il faut avoir le goût de la compétition. Pas nécessairement pour se mesurer aux autres, mais en tout cas pour se dépasser soi-même.

En prépa, c’est le règne de la pédagogie des limites. Au-delà des concours, la khâgne est une formation à part entière, exigeante et généraliste. Elle ambitionne de forger des caractères forts et des élites pensantes en invitant sans cesse les préparationnaires à explorer leurs limites. Il y aura toujours du travail et on n’en viendra jamais à bout. L’élève doit donc aussi apprendre à s’arrêter. Accepter de ne pas aller plus loin parce que son corps et son esprit ne le permettent plus.

Le moral a une importance considérable pendant ces deux années qui sont souvent vécues comme une parenthèse dans la vie, en attendant d’avoir le temps. Les professeurs des classes préparatoires, eux-mêmes souvent anciens préparationnaires, en sont conscients. Nombre d’entre eux tâchent donc aujourd’hui de redorer l’image dure des prépas. Il faut rendre ces classes plus humaines et bannir l’humiliation. Après tout, pourquoi humilier des élèves volontaires et désireux de se perfectionner ? Demeure cependant le désarroi face aux « mauvaises » notes. Personne ne s’offusque d’avoir 9/20. On sait que c’est un bon résultat en prépa. Mais quand on est à la traîne au sein de la classe, comment relativiser sur ses piètres résultats alors qu’on vit en vase clos et qu’il est impossible de se comparer aux autres étudiants du supérieur ?

La prépa n’est pourtant pas un monde à part. Peu à peu, elle est, elle aussi, contaminée par les problèmes orthographiques et les difficultés éprouvées par nos élèves dans le champ de l’expression écrite. « Ca ne s’enseigne pas », déclare pendant l’émission Guillaume le Quintrec, professeur d’histoire en C.P.G.E. au lycée Fénelon, au sujet du style et de sa « fluidité ». Et pourtant, c’est bien la mission qui est confiée aux professeurs du secondaire. En effet, l’ambition minimum d’une école républicaine de masse doit être de transmettre non pas des savoirs mais des savoir-faire essentiels à l’exercice de la citoyenneté : lire et écrire.

Les programmes de français du collège invitent d’ailleurs les professeurs à se consacrer principalement au travail de l’expression écrite et à l’étude de la langue.

Mais ce que recherche ce professeur de prépa est peut-être au-delà de ces savoir-faire. Il recherche certainement ce « je ne sais quoi » qui distingue certains des autres. La prépa, plus qu’une machine à trier, serait alors un dénicheur de talents… Avec toute la subjectivité d’un système normé, voire moulé, et donc le risque de passer à côté d’autres talents.

La prépa est-elle alors enfermée dans une autoreproduction ?  Reproduit-elle une élite ? On lui a longtemps reproché d’accueillir principalement une classe bourgeoise en son sein. Mais sa démocratisation est désormais en marche. Elle s’appuie sur la massification du secondaire. Pour ouvrir plus largement les portes des classes préparatoires aux couches populaires, il faut donc continuer d’œuvrer à l’égalité des chances dans le secondaire, qui semble encore une illusion aujourd’hui.

Alors seulement, la prépa ne reproduira plus une élite bourgeoise mais atteindra un objectif plus noble : la formation de littéraires spécialistes.

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