La dimension sociale de la recherche documentaire

©Mathieu Belleville-Douelle – http://mbellevilledouelle.fr – Mars 2014

3.1.L’utilisation des encyclopédies collaboratives

On sait les nombreuses critiques formulées à l’égard de Wikipédia et de son utilisation par les élèves.

Certes, ceux-ci utilisent mal internet… Et c’est bien à nous, enseignants, que revient la tâche difficile de leur procurer un apprentissage en la matière…

Mettons donc ici en lumière le travail d’un enseignant: Laurent Jauquier, le créateur du site « wikimini.org ». Ce professeur suisse a mis en place un wiki destiné aux enfants et écrit par des enfants. Il a développé ce projet car il s’était aperçu que Wikipédia proposait des articles dont le contenu n’était pas adapté au niveau des élèves. C’est d’ailleurs parce qu’ils ne les comprennent pas que les élèves copient-collent ces articles sans les lire. De plus, il pensait, et nous le rejoignons sur ce point également, que l’intérêt d’une encyclopédie collaborative pour les élèves ne réside pas tant dans sa consultation que dans son élaboration. Sur Wikimini donc, ce sont les enfants qui rédigent les articles. Les adultes se contentent d’aider, de trier, de corriger l’orthographe… Les enfants s’investissent aussi dans la modération du site. Ils signalent les articles plagiés aux adultes qui les retirent après vérification. Un internet responsable émerge et se construit, bien que tout ne soit pas parfait.

L’intérêt de la rédaction d’articles par des élèves sur un wiki est qu’ils découvrent les coulisses des encyclopédies collaboratives. Ils ignorent en effet que ces articles proposent une page « discussion » sur laquelle apparaissent parfois de vrais débats entre les rédacteurs d’un même article. Sur cette page, ceux-ci expriment d’éventuels désaccords et s’opposent des sources que l’on peut consulter pour se faire sa propre opinion. Wikimini offre également cette possibilité de débattre et discuter du sujet de l’article entre contributeurs.

Il existe d’autres encyclopédies collaboratives destinés aux collégiens. On peut par exemple citer « Vikidia.org ». Cette encyclopédie fonctionne exactement comme sa grande sœur Wikipédia. Des élèves y rédigent des articles. Cependant, on peut regretter que nombre d’articles soient en fait rédigés pour les élèves par des enseignants ou des adultes. Son intérêt relève donc davantage de la consultation. Les élèves y trouveront une information claire et adaptée à leur niveau. Le fonctionnement du site, sans être trop complexe, l’est déjà suffisamment pour dérouter les élèves qui maîtrisent mal ou peu l’outil informatique.

On pourrait avoir l’idée de construire un wiki interne à l’établissement. Ce projet collaboratif donnerait sens aux activités liées à la recherche documentaire dans l’établissement. Il favoriserait l’interdisciplinarité et valoriserait le travail des élèves. Des générations successives consulteraient et enrichiraient le travail de leurs prédécesseurs. Ils toucheraient du doigt ce qu’est l’essence de la recherche et de la transmission du savoir. Une telle démarche met en lumière le potentiel humaniste des wikis, qui s’élaborent avec pour principes fondamentaux la solidarité et le partage, loin de la mise en compétition des élèves et de l’individualiste revendication des droits d’auteur.

Le site « wikispaces.com » offre cette possibilité. L’interface d’élaboration des articles et de discussion est simple et intuitive. Cependant, ce wiki sera accessible à tous les lecteurs d’internet. Il faudra donc être particulièrement vigilant au respect des droits d’auteurs par les élèves.

Pour conserver une marge de souplesse et de sécurité, on peut donc privilégier un wiki uniquement accessible aux membres de l’E.P.L.E.[1]. Moodle, E.N.T.[2] sous licence libre, offre cette possibilité. Son installation sur un serveur, en local ou non, est par ailleurs relativement aisée.

3.2. Présentation orale de l’exposé

Lorsque le travail de recherche est achevé, vient le temps de la présentation à la classe. Celle-ci s’effectue généralement à l’oral. On peut proposer aux élèves un rendez-vous régulier, sur le modèle des « conférences d’enfants » de Freinet. Dans nos classes, il s’intitule « quoi de neuf? » en français et « quid novi? » en latin. Il a lieu toutes les trois semaines environ et dure une demi-heure. Chaque élève dispose d’environ 5 minutes pour présenter son exposé et répondre aux éventuelles questions.

Un élève prend le rôle de secrétaire et effectue l’ordre du jour à l’aide d’un document que nous lui fournissons. Il annonce les exposés, distribue la parole et organise les votes éventuels.

Les élèves de la classe doivent en effet se prononcer sur le choix de publier ou non les textes libres écrits et présentés par leurs pairs. La lecture d’un texte libre donne ainsi lieu à une discussion qui prend parfois des allures de débat littéraire. Les élèves font des suggestions d’améliorations à l’auteur, relèvent les lacunes ou adressent des compliments. Le professeur veille à ce que les avis émis soient toujours argumentés. Le secrétaire adresse alors à la classe trois propositions: publier, ne pas publier ou représenter le texte après des modifications.

Peu à peu, l’enseignant invite l’élève à se détacher des diaporamas pour privilégier l’interaction orale. On l’encourage au fur et à mesure à éviter de placer du texte dans ce type de support. En fin d’année, certains élèves, qui ont participé à l’activité plusieurs fois, prennent confiance en eux et tentent même de présenter leur exposé sans leurs notes, avec pour seul support des documents iconographiques.

3.3.Les livres de classe

A ce stade de notre réflexion, il convient de rappeler qu’il est possible de réconcilier l’informatique et le support papier. De même que Freinet a introduit l’imprimerie dans l’école en proposant à ses élèves d’écrire des livres et des journaux, l’enseignant peut inviter ses élèves à présenter tous leurs exposés à l’aide d’un traitement de texte en vue d’une publication.

Les élèves peuvent présenter leur exposé à l’oral sur le support de leur choix mais il convient d’exiger une production écrite à partir d’un traitement de texte.

En collectant l’ensemble des productions écrites (exposés et textes libres), l’enseignant peut produire un « livre de classe ». S’il accueille les élèves toujours dans la même salle, on peut y installer une bibliothèque afin que les élèves aient la possibilité de consulter ces ouvrages. Ils peuvent ainsi lire, voire poursuivre, le travail réalisé par leurs prédécesseurs. La présence d’une telle bibliothèque permet également d’occuper les élèves qui travaillent plus vite que les autres et passent de nombreuses minutes à s’ennuyer sur leur chaise.

Toutefois, il est difficile dans certains établissements de satisfaire à cette exigence. Une autre solution consiste alors à investir le C.D.I. On y placera donc les livres publiés qui seront consultables par l’ensemble des élèves. La présence de livres produits par les élèves dans ce lieu peut être bénéfique. En effet, beaucoup d’élèves ne fréquentent pas les livres. Le C.D.I. est davantage pour eux une alternative qui permet d’échapper à la salle d’étude. Ils s’y rendent également pour utiliser les ordinateurs.

Placer leurs propres écrits sur les étagères, au milieu des autres ouvrages, donne une légitimité à leur travail. D’autre part, cela leur permet de s’approprier le lieu.

La publication de livres peut prendre diverses formes. En plus de cette compilation d’exposés, on peut réaliser des ouvrages littéraires ou thématiques.

Il est possible par exemple de constituer un recueil à partir des poèmes écrits lors d’une évaluation sommative de séquence, ou bien proposer une écriture narrative et collaborative.

On peut également proposer aux élèves des modèles de fiches pour constituer un ouvrage documentaire. Les élèves, répartis en binômes, réalisent des fiches qui sont ensuite regroupées. Il existe une multitude de thèmes qui peuvent être abordés: les dieux romains, les plantes médicinales dans la Rome antique, les personnages célèbres de la Grèce antique…

En hommage à Nelson Mandela, nous avons ainsi, en collaboration avec la documentaliste, proposé aux élèves de lire des biographies de personnages devenus célèbres pour leur combat contre la discrimination et pour la liberté. Le choix thématique était varié et les personnalités étaient aussi bien des hommes que des femmes, ayant vécu du XVIIIème au XXème siècle: Olympe de Gouges, Martin Luther King, Federico Garcia Lorca, Rosa Parks, Harvey Milk, Simone Veil…

3.4. La correspondance scolaire

La correspondance scolaire peut également être un moyen de motiver le travail de recherche documentaire.

Depuis le début de l’année scolaire, des élèves de quatrième ont échangé des textes écrits en latin avec une classe de l’agglomération bordelaise. A la suite d’une séquence consacrée à l’étude du site archéologique de Pompéi, la classe s’est divisée en deux groupes, chacun portant un projet: la réalisation d’un magazine d’information ou celle d’une émission de radio. La publication et l’enregistrement sonore ont ensuite été envoyés aux correspondants. Les élèves devaient présenter l’information en se plaçant du point de vue d’un journaliste antique. Ce fut l’occasion d’un travail riche: présentation de la ville de Pompéi, élaboration d’une typologie des volcans, rédaction de consignes de sécurité en cas d’éruptions volcaniques, interview fictive de Pline le Jeune…

Parallèlement, la réception des courriers des correspondants est l’occasion de susciter une curiosité. En effet, nos progressions ne sont pas toujours identiques. Les envois des correspondants peuvent donc servir de lancement à une nouvelle séquence.

[1] Etablissement Public Local d’Enseignement

[2] Espace Numérique du Travail

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