Freinet dans le secondaire

Il est difficile (mais pas impossible) d’utiliser une pédagogie Freinet dans le secondaire pour plusieurs raisons:

  • les cours se déroulent parfois dans des salles différentes.
  • les autres membres de l’équipe pédagogique ne sont pas toujours réceptifs à la démarche.
  • l’emploi du temps est moins souple qu’en primaire.

On peut cependant réaliser quelques aménagements et adapter son enseignement.

Tout d’abord, une pédagogie est avant tout un état d’esprit. On commencera donc par s’imprégner des invariants pédagogiques. Le premier apprenant sera ainsi le professeur. Il faut se débarrasser peu à peu de nos préjugés sur l’enseignement et sur ce que doit être un enseignant, mettre en doute l’image traditionnelle du professeur et s’autoriser à explorer d’autres voies.

Attention cependant! Il ne s’agit pas de démissionner. Les élèves ont besoin d’un adulte pour les guider, les écouter et les aider à organiser la vie en classe.

La pédagogie Freinet s’appuie sur les principes suivants: la liberté, l’autonomie, la coopération et le travail.

Si vous êtes désireux d’approfondir cette question du positionnement éducatif (en tant qu’enseignant mais aussi comme parent), je vous invite à découvrir le documentaire sud-américain « La Educación Prohibida » (librement téléchargeable avec ou sans les sous-titres).

Voici quelques techniques inspirées de Freinet que vous pourrez utiliser en classe (ce ne sont que des pistes à explorer, pas un modèle à suivre):

  • Chaque séance peut débuter par le rituel des « questions de cours ». A partir de la trace écrite de la séance précédente, les élèves ont préparé chez eux deux questions, notées soigneusement sur une feuille du classeur (sans la réponse). Ils s’interrogent les uns les autres. Les questions fusent, les doigts se lèvent, les réponses sont affinées coopérativement. Ils utilisent leur feuille de questions en fin de séquence pour réviser et s’auto-interroger avant l’évaluation. En effet, beaucoup d’élèves sont démunis quand ils se retrouvent seuls face à leurs cours et ne savent pas comment les apprendre.
  • On peut détourner le « quoi de neuf » en proposant aux élèves un espace de libre expression. Ainsi, on consacre à cette activité une demi-heure toutes les trois semaines. On propose alors aux élèves de présenter des exposés ou une recherche née d’un questionnement surgi en classe, de lire des textes libres, d’évoquer un problème lié au cours, de présenter des films ou des livres, etc. Chaque prestation orale dure environ 5 min. Personnellement, je demande aux élèves de me rendre en parallèle de cet oral une production écrite. Certains enseignants appellent ce temps de présentation « le 3 min chrono ». On peut confier aux élèves le soin de préparer l’ordre du jour en nommant un secrétaire.
  • On peut utiliser un « plan de travail ». Ainsi, l’élève sait où son professeur veut l’emmener et quels sont les objectifs à atteindre. La partie « Bilan » est remplie en fin de séquence et permet à l’élève de faire le point sur ses apprentissages. Il prend conscience de ses acquis et de ses limites, du travail accompli mais aussi de ce qu’il n’a pas fait. Il s’agit aussi d’un outil de communication à destination des parents qui se trouvent ainsi impliqués, s’ils le souhaitent, dans le processus éducatif. Le bilan des élèves permet aussi à l’enseignant d’effectuer le sien: quelles notions a-t-il réussi à transmettre? Quels points devront être revus? De plus, cet outil permet un suivi individualisé de chaque élève.


  • On sollicitera autant que possible l’expression écrite, notamment par le biais du « texte libre » . On demande ainsi aux élèves de rédiger des textes, si possible sans contraintes de forme ni de contenu. Cependant, certains élèves sont perdus devant tant de liberté et réclament parfois des inducteurs.
  • Une des clés de la pédagogie Freinet est d’ancrer le travail de la classe dans la réalité. On utilisera donc aussi souvent que possible la pédagogie de projets et on essayera de diffuser les productions de la classe: expositions, journal, blog, encyclopédies coopératives… On peut également constituer un « livre de classe » à partir des productions écrites rendues par les élèves au cours du trimestre.
  • On peut aussi diffuser le travail des élèves et les motiver au moyen d’une correspondance interscolaire. Pour trouver des correspondants en France ou en Europe, on peut chercher sur le site e-Twinning.
  • En s’inspirant des « brevets de grammaire » de Freinet, on peut demander aux élèves de passer, en autonomie, des certificats de grammaire. Ils entretiennent ainsi leurs bases grammaticales.

De manière générale, on encouragera le travail coopératif et on rebondira sur les questionnements soulevés par les élèves. Tout être humain veut naturellement apprendre et progresser. A nous d’être à l’écoute du mouvement intellectuel de la classe, de guider nos élèves dans leurs explorations, d’entretenir cette curiosité naturelle et de la rattacher au programme au lieu de la briser. Casser cette curiosité, c’est mettre fin à la motivation et à l’intérêt de l’élève.

On tentera également de changer peu à peu nos méthodes d’évaluation, notamment en explorant les possibilités offertes par l’évaluation des compétences.

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