Construire une séquence pédagogique de Français au collège

Lorsqu’on débute sa carrière d’enseignant, la première difficulté est de construire une séquence pédagogique cohérente et stimulante pour motiver ses élèves. Si vous voulez les mettre en confiance, vous devez structurer vos cours. En outre, cela vous permettra d’être plus sûrs de vous en classe car vous saurez où vous allez. Le plan de séquence est donc un outil professionnel indispensable qui constitue la colonne vertébral de votre enseignement. Ne faites pas l’impasse !

Je vous présente ici une méthode simple pour vous aider à construire votre première séquence. Quand vous vous sentirez plus à l’aise et que vous aurez appris à vous connaître, vous pourrez vous en affranchir et adapter davantage vos séquences à vos objectifs.

1. Faites la liste des savoirs et compétences à transmettre au cours de votre séquence

Pour établir la liste des connaissances, vous pouvez vous appuyer sur les attendus du programme du niveau dans lequel vous enseignez. Tous les programmes sont disponibles sur le site Éduscol.

Vous y trouverez aussi des documents d’accompagnement qui permettent de trouver des idées pour problématiser la séquence. La problématique est une question qui est présentée aux élèves en début de séquence. Dans l’idéal, elle émerge à la fin de votre séance de lancement et découle naturellement des activités proposées lors de cette séance-clé. Elle doit susciter l’intérêt des élèves afin de les engager dans un travail qui fait sens. Ainsi, elle définit un fil conducteur pour le contenu de vos séances.

Pour commencer, vous devez lister les connaissances que vous voulez transmettre à vos élèves dans le cadre de votre séquence. En français, il s’agit de savoirs disciplinaires qui dépendent généralement du genre littéraire étudié.

Ainsi, l’étude du théâtre permettra aux élèves de découvrir la règle des trois unités ou le principe de la double-énonciation. On leur présentera différents types de textes : monologue, tirade, dialogue… On pourra étudier les différents types de comiques ou le rôle du quiproquo. Alors qu’une séquence sur la poésie se prêtera davantage à l’étude de la versification et des figures de style : comparaisons, métaphores, allégories, personnifications, allitérations… Une séquence portant sur le roman favorisera, quant à elle, l’émergence de séances sur les valeurs des temps, le statut du narrateur ou bien encore l’étude des discours directs et indirects…

Transmettre des savoirs ne suffit pas, votre séquence doit permettre à l’élève de travailler et développer ses compétences.

Pour rappel, une compétence se définit comme la mobilisation simultanée chez un individu d’un savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être ou autrement dit d’une connaissance, d’une capacité et d’une attitude. Par abus de langage, on parle d’évaluer les compétences alors qu’en réalité une copie d’élève ne sera jamais qu’une performance à l’instant T. Ce n’est pas parce que, un soir, vous avez laissé trop longtemps vos spaghettis sur le feu que vous ne savez pas cuire des pâtes. En revanche, l’accumulation de mauvaises performances indiquent la non maîtrise d’une compétence.

Lister les compétences que vous travaillerez et évaluerez pendant votre séquence vous permettra d’avoir une idée plus claire du type d’activités que vous proposerez à vos élèves. Une même compétence ne s’exerce pas de la même façon selon la classe de l’élève. Les attendus ne peuvent tout simplement pas être les mêmes en sixième et en troisième. Il convient donc de préciser et affiner les quatre principales compétences du cours de Français : lire, écrire, dire et maîtriser la langue.

J’ai mené, en collaboration avec une collègue, ce travail de reformulation et de classement progressif des attendus lorsque nous avons mis en place des ceintures de compétences pour nos cours de français. Vous trouverez le résultat de ce travail dans le passeport de compétences que nous avons construit.

Vous pouvez également formuler d’autres compétences. N’oubliez jamais qu’une compétence s’inscrit dans l’action. Son intitulé doit donc obligatoirement commencer par un verbe à l’infinitif.

Ne multipliez pas le nombre de compétences à travailler. Il est préférable de se limiter à 3 ou 4 sous-compétences à l’intérieur de chacune des compétences principales (lire, écrire, dire et maîtriser la langue).

Développer une compétence chez vos élèves exige que vous répétiez les occasions de la mobiliser. Mieux vaut donc se concentrer sur quelques-unes et les travailler réellement. Vous risquez sinon de vous disperser et de noyer vos élèves, pour lesquels le travail effectué perdra du sens.

2. Cherchez l’inspiration dans les manuels scolaires

Vous n’avez pas à tout créer !

Les éditeurs de manuels scolaires font appel à des enseignants compétents et reconnus pour la qualité de leur travail. Vous trouverez donc dans ces ouvrages de nombreux textes susceptibles d’intéresser vos élèves et de leur fournir une culture littéraire solide.

En outre, les auteurs partagent dans les manuels leurs meilleures activités, c’est-à-dire celles qui motivent le plus leurs élèves.

Toutefois, vous apprendrez vite que chaque enseignant est différent et qu’il est important de s’approprier les démarches didactiques proposées. Il convient donc de partir à la pêche aux bonnes idées en faisant le tri. Ne gardez que les activités qui vous parlent et dont vous comprenez les finalités. Une activité sera réussie en classe uniquement si vous arrivez en amont à vous projeter vous-même dans votre rôle d’enseignant. Si vous n’êtes pas à l’aise avec une activité, si elle ne suscite aucun enthousiasme chez vous ou si vous ne vous sentez pas les épaules pour la porter, alors il est préférable de l’écarter.

Encore une fois, chaque enseignant est différent et chacun doit enseigner avec ce qu’il est. Votre authenticité est un gage de votre autorité et de la confiance que les élèves vous porteront.

Munissez-vous donc d’une feuille et d’un crayon. Pour chaque manuel, consultez le sommaire et ciblez les chapitres qui entrent dans le cadre de la séquence que vous voulez construire. Parcourez ensuite les pages une à une et notez sur votre feuille tous les textes et toutes les activités qui attirent votre attention ainsi que la page où ils se trouvent.

Ce travail fastidieux vous fera gagner ensuite du temps et va nourrir votre créativité. Peu à peu, vous devriez commencer à vous projeter dans votre séquence.

En début de carrière, vous n’aurez peut-être pas d’autre manuel à votre disposition que celui utilisé par les élèves. Vous pouvez toutefois en trouver d’autres au CDI. Demandez également à vos collègues qui n’ont pas le même niveau de classe que vous s’ils peuvent vous prêter leurs manuels.

Très vite, vous constituerez votre propre bibliothèque. Très vite même, vous serez amené à faire du tri et à vous séparer de certains d’entre eux car vous n’aurez plus la place de les stocker. A chaque réforme, les éditeurs publient de nouveaux manuels et envoient des spécimens aux enseignants en activité afin qu’ils puissent éventuellement renouveler les livres des élèves. Or, les réformes ne manquent pas dans l’Éducation Nationale. En dix ans, j’en ai déjà connu 3 !

3. Variez les activités et les types de séances

Lors de votre sélection d’activités dans les manuels, pensez que vous devrez varier les activités et les types de séances afin de proposer des enseignements décloisonnés à vos élèves.

Ainsi, votre séquence devrait s’articuler autour de 6 à 8 séances de lecture analytique.

Mais elle doit aussi contenir l’étude d’un dossier documentaire (généralement présenté dans les manuels sous la forme d’une double-page). Vous construirez ensuite un appareillage didactique pour l’exploiter. Par exemple, proposez un texte à trous à vos élèves. Ils devront retrouver les informations manquantes dans le dossier fourni. Ce texte servira ensuite de support à l’apprentissage des notions littéraires et historiques en lien avec votre séquence.

Sélectionnez aussi une œuvre d’art ou l’extrait d’une œuvre cinématographique. Vous travaillerez alors avec vos élèves la lecture d’image fixe ou mobile dans le cadre de l’enseignement transdisciplinaire de l’histoire des arts.

Prévoyez d’aborder 2 à 3 points d’étude de la langue. Sélectionnez un texte propice à cette étude et des exercices d’application. Il vous faudra des activités d’identification, de transformation et de manipulation. Vous pouvez aussi aborder l’étude de la langue à travers la pratique du texte libre.

Cherchez également 1 ou 2 sujets d’expression écrite. Ils doivent être motivants et clairement formulés.

Ajoutez au moins une séance de lexique. Développer le vocabulaire des élèves est un enjeu fondamental du collège. On le sait, dans ce domaine, les inégalités sociales influent beaucoup. Certains élèves ont peu de mots à leur disposition et cela devient vite un handicap dans leur cursus scolaire. Ne vous attardez pas sur le vocabulaire spécifique à une thématique trop précise. Privilégiez des thématiques réutilisables. Par exemple, préférez travailler le vocabulaire du combat à celui des armes médiévales.

4. Définissez une tâche complexe finale

Une compétence ne peut être considérée comme maîtrisée que lorsque l’élève est capable de la mobiliser simultanément à d’autres afin d’accomplir une tâche complexe.

L’expression écrite est une tâche complexe qui mobilise de nombreuses compétences de lecture, d’écriture et de maîtrise de la langue. C’est donc souvent l’évaluation sommative naturelle d’une séquence.

Toutefois, d’autres tâches complexes peuvent constituer des objectifs stimulants pour les élèves en permettant de réinvestir les connaissances et les compétences travaillées au cours de la séquence. On peut en élaborer en s’inscrivant dans une démarche de pédagogie de projet. Ainsi, on peut envisager des interviews fictives ou des jeux de rôle, à travers l’organisation du procès d’un personnage ou la mise en scène d’un texte narratif. On peut aussi proposer des activités artistiques ou la création d’un jeu de société. Il est également possible d’envisager un travail de recherche documentaire ou d’écriture longue, comme la rédaction d’une nouvelle par exemple.

Cette tâche finale doit constituer un objectif motivant pour les élèves. La problématisation d’une séquence ne suffit pas car ces questions littéraires n’engagent pas suffisamment certains élèves. Proposer un projet comme objectif d’une séquence va permettre de passer de la théorie à la pratique, du savoir au faire. Cela donne du sens aux connaissances enseignées au-delà de la motivation réductrice de la note.

N’hésitez pas à ancrer votre projet dans des réalités proches des élèves : utilisez les TICE et inspirez-vous des tendances du web ou de la société (une vidéo type Youtube, un mannequin challenge, un escape game, une murder party…). Profitez-en aussi pour contextualiser les activités proposées dans un cadre professionnel afin de montrer aux élèves la variété des métiers qui font appel aux lettres. Souvent les élèves méconnaissent notamment les métiers de l’édition, de la communication, de l’information et de l’internet, qui sont pourtant des débouchés modernes pour les littéraires.

5. Planifiez le nombre de séances et votre progression

A ce stade, vous avez défini une ligne conductrice grâce à votre problématique de séquence et au choix des connaissances et compétences travaillées.

Vous avez choisi un objectif stimulant pour les élèves en renforçant votre dispositif didactique à l’aide d’un projet.

Enfin, vous avez sélectionnez des activités variées dans les différents manuels scolaires dont vous disposez.

Il vous reste à présent à planifier et organiser vos séances.

Vous devez construire des liens entre vos séances de manière à créer une logique dans leur enchaînement. Une lecture analytique doit permettre de découvrir un point d’étude de la langue ou au contraire de le réinvestir en tant qu’outil d’analyse. De même, l’expression écrite permettra de mobiliser les connaissances acquises au cours de la séquence.

Sur une feuille, tracez un tableau. Le nombre de lignes correspond au nombre de semaines disponibles. Le plus simple est d’effectuer une séquence entre deux périodes de vacances, soit une durée d’environ 6 à 7 semaines. Le nombre de colonnes correspond quant à lui au nombre d’heures de cours hebdomadaires.

Remplissez ensuite les cases avec le titre de vos séances. Commencez par une séance de lancement. L’étude d’un dossier documentaire ou une séance d’histoire des arts rempliront souvent idéalement cette mission. Placez ensuite une séance bilan au cours de laquelle vous demanderez aux élèves de réaliser des cartes heuristiques. Ils feront ainsi le point sur tout ce qu’ils ont appris au cours de la séquence.

Répartissez les évaluations sur les trois dernières semaines, ne prévoyez pas plus d’une évaluation par semaine afin de ne pas être débordés lors du travail de correction. Pensez à réserver au moins une heure supplémentaire par évaluation pour les corrections en classe.

Gardez au moins deux heures libres afin d’absorber le retard que vous prendrez peut-être, certainement même, au fil des semaines.

Placez enfin vos séances de lecture analytique en intercalant celles d’étude de la langue. Mettez votre séance de lexique avant le travail d’expression écrite ou à la suite d’une lecture analytique en lien avec la thématique choisie.

Prévoyez enfin le nombre d’heures nécessaires à la réalisation des projets et à la présentation des travaux aux autres élèves de la classe.

6. Présentez votre plan de séquence

Il ne vous reste plus qu’à reprendre tous ces éléments et à remplir votre plan de séquence. Ce document est essentiel car il constitue un guide pour vous, vous aide à faire le point sur vos objectifs et ceux des élèves et vous devrez le présenter aux inspecteurs s’ils viennent vous rencontrer pendant l’année.

Afin de faciliter votre tâche, je vous propose un modèle de plan de séquence que vous n’aurez plus qu’à remplir.

Et vous, comment vous organisez-vous ? Quels problèmes rencontrez-vous ? Avez-vous des idées originales de tâches complexes ?

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visuel pinterest construire une séquence pédagogique de français

Professeur de lettres classiques depuis 10 ans, je m’intéresse particulièrement à la coopération en classe mais aussi à la modernisation de l’enseignement du français et des langues anciennes.
Par ailleurs, je suis blogueur, rédacteur web et webdesigner junior.
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