Bâtir une progression pour enseigner la recherche documentaire

L’apprentissage de la recherche documentaire doit être pensé en amont. Si l’on veut que les élèves en mesurent l’enjeu, il ne faut pas la reléguer au rang de tâche annexe qui doit être effectuée en totale autonomie en dehors du temps scolaire. Au contraire, il faut réfléchir à une progression des apprentissages et des objectifs, bâtir un projet aussi cohérent que stimulant et surtout y consacrer plusieurs séances dans l’année.
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Premier trimestre: reformuler pour s'approprier une connaissance

• Découvrir la classification Dewey.
• Se repérer dans le C.D.I. et identifier les différents supports documentaires.
• Chercher un article dans un dictionnaire ou une encyclopédie.
• Sélectionner une information dans des documents fournis par les enseignants.
• Lire un paragraphe et le reformuler avec ses propres mots.
• Présenter son travail à l'écrit et à l'oral.
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Second trimestre: trouver une information pertinente et respecter les droits d'auteur

• Utiliser BCDI et un moteur de recherche sur internet.
• Trier les sources d'informations selon leur légitimité.
• Prendre des notes et rédiger un texte à partir de celles-ci.
• Respecter les droits d'auteur des documents iconographiques.
• Elaborer une bibliographie.
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Troisième trimestre: diffuser son travail sur un support adapté et travaillé

• Définir des mots-clés.
• Choisir un support adapté pour présenter son travail.
• Utiliser les différents outils du traitement de texte.
• Mettre en page convenablement un document.

La recherche documentaire est souvent délaissée car elle est jugée chronophage. Il s’agit donc d’intégrer pleinement cette pratique aux autres activités du cours de Français.

Tout d’abord, la recherche documentaire peut constituer une stratégie de contournement du cours magistral. Ainsi, on peut confier aux élèves le soin de présenter la biographie d’un auteur étudié en classe, un événement historique ou bien encore un aspect de l’histoire littéraire. Peu d’élèves proposeront d’eux-mêmes d’explorer un thème qui les interpelle. Il faut donc leur donner des idées et constituer séquence par séquence une liste de sujets d’exposés. Cependant, lorsque le climat de classe est suffisamment stimulant, la curiosité des élèves fait surgir des questionnements. Plutôt que d’y répondre, si le sujet nous semble abordable, on peut suggérer à l’élève d’effectuer lui-même la recherche afin d’en exposer les résultats à la classe.

Ainsi, les élèves vont être par exemple conduits à rechercher des règles orthographiques et grammaticales variées : l’accord des adjectifs de couleur, la manière de distinguer « tout » et « tous » ou bien d’autres homophones, l’accord du participe passé avec le « vous » de politesse…

Mais certaines propositions s’appuieront sur des intuitions plus littéraires ou culturelles. Après avoir étudié Ma bohème de Rimbaud, un élève de ma classe a souhaité étudier la chanson Ce qu’on voit, allée Rimbaud de Pascal Obispo pour la mettre en relation avec le texte du poème. Il pressentait une intertextualité et voulait vérifier son hypothèse. Son travail fut d’ailleurs très apprécié par ses camarades qui n’hésitèrent pas à l’applaudir spontanément à la fin de sa présentation. De même, en latin, un autre élève s’est interrogé sur le lien entre l’architecte Vitruve, dont nous venions de traduire un texte, et L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci.

On le voit, l’occasion d’une recherche peut surgir à tout moment. L’enseignant doit donc être vigilant et saisir toute opportunité. Un élève ne sera jamais aussi motivé que si l’on donne de l’importance et de la légitimité à son questionnement.

D’autre part, cette manière de procéder valorise les élèves en les intégrant au mouvement humain de la recherche et de la diffusion du savoir. Ils en deviennent acteurs, y participent, et ne se contentent plus d’en être spectateurs.

On observe dans les classes que plus les élèves grandissent plus ils perdent cette appétence naturelle pour le savoir. Leur curiosité s’émousse peu à peu. On peut sans doute y voir un effet pervers d’un système scolaire encore trop centré sur la figure magistrale. Le savoir en classe ne serait légitime que s’il provient de l’enseignant. Or, combien de fois nos élèves nous ont-ils surpris par la pertinence de leurs intuitions voire de leurs connaissances sur un sujet précis ? Beaucoup d’enseignants de langues anciennes le savent, les élèves de cinquième sont redoutables. Ils en savent souvent beaucoup sur la mythologie et l’Antiquité. Leurs questions sont parfois pointues et peuvent même nous déstabiliser.

La première recherche documentaire est celle qu’on effectue dans un dictionnaire. On considère à tort au collège que les élèves maîtrisent l’utilisation de cet outil. Or, on peut s’apercevoir en introduisant cette pratique en classe que pour certains d’entre eux le maniement du dictionnaire est loin d’être aisé. Quelques-uns ne maîtrisent même pas l’ordre des lettres de l’alphabet. Lorsque les élèves trouvent le mot recherché, ils doivent encore trouver la définition adéquate au contexte. Ainsi, nous avons demandé à des élèves de troisième de chercher la définition du mot « accolade » qui apparaissait dans un texte épique et médiéval. Presque tous ont recopié la première définition, pourtant non pertinente, qui correspondait à son sens courant et actuel. De même, on constate généralement que lorsque les élèves ne comprennent pas un mot de la définition, ils n’ont pas le réflexe de poursuivre leur recherche en allant consulter la définition de cet autre mot.

L’usage du dictionnaire est donc à construire en classe. Les corrections de dictée en sont par exemple l’occasion. Beaucoup d’élèves corrigent leurs erreurs en tentant une nouvelle proposition sans l’avoir vérifiée auparavant.

On constate, à ce sujet, que certains d’entre eux éprouvent des difficultés quand il s’agit d’envisager une autre orthographe à un mot. S’ils ne trouvent pas le mot qu’ils ont cherché avec une orthographe erronée, ils concluent que « le mot n’est pas dans le dictionnaire ». Il convient alors d’accompagner leur réflexion en les amenant à décliner les différents graphèmes possibles pour un même phonème.

Le travail sur le lexique et particulièrement l’élaboration de cartes heuristiques sont également une entrée dans la recherche documentaire. Cette activité permet aux élèves d’apprendre à trouver des mots-clés et à développer une idée. En déployant une arborescence de mots, ils construisent une structure et créent des liens entre les idées. Dans le cadre d’une recherche documentaire, les mots d’une carte heuristique représentent des entrées possibles à soumettre dans B.C.D.I. ou dans un moteur de recherche.

On peut également travailler la prise de notes en classe en proposant une tâche complexe aux élèves qui s’appuie sur l’utilisation des phrases non verbales. Par exemple, on peut fournir une brève biographie de Molière. Les élèves doivent d’abord transformer le texte en phrases averbales puis dans un second temps utiliser leurs phrases pour réécrire leur propre biographie du dramaturge. Cette activité a pour objectif d’apprendre aux élèves à reformuler un texte en sélectionnant les informations essentielles pour produire un écrit personnel.

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